Quand les lycéens deviennent acteurs

Depuis mercredi soir, la cible de la scène de l’Hectare est recouverte d’un graff. Une tête géante réalisée en direct par le graffeur Monsieur Plum’ et les lycéens d’Areines. Ce soir-là, au théâtre du Minotaure, tous mettaient un point final, à plus de six mois de travail coordonné par la scène conventionnée et les enseignants volontaires.

« Cette idée a soudé les deux promotions, au départ parce qu’on était tous contre et, puis après, parce qu’on avait tout donné », expliquent les élèves des sections pilote de ligne de production et agencement et menuiserie du lycée Ampère. Jusqu’à ce que les premières heures de rencontre avec Sophia Perez, artiste circassienne, qui leur a notamment montré des extraits vidéo qui les ont séduits. Le spectacle était lancé avec un second fil rouge : le décor. En effet, au fil des semaines, les lycéens ont passé bien plus d’heures qu’ils ne l’imaginaient autour d’une machine de ligne de fabrication. Ils ont tout habillé et équipé d’accessoires. « On a refait les peintures, poli les boulons, fait du vernis… »
Un léger trac, les présents n’auraient pourtant pas échangé leur place sur scène, comme les lycéens de Montoire en section « conduite et gestion d’une exploitation agricole ». « Au début, on ne comprenait rien au texte », racontent ces derniers. En effet, ils ont travaillé deux formes de théâtre, la pièce « Roméo et Juliette de Shakespeare » pour le classique et « Fille de… » de Leila Anis pour le contemporain sur la question de l’intégration. Au final, sur scène, c’est un affrontement entre les autochtones Capulet et les immigrés Montaigu. « On a mieux compris, avec les déplacements sur scène… » Les lycéens ont pris connaissance des textes au moment des attentats du 13 novembre.
« Dans la première rencontre, on a fait de l’impro, ce thème de l’étranger revenait souvent, on est parti là-dessus », explique la comédienne Mélanie Pichot. Les participants ont retenu chacun un morceau : comment ne pas s’énerver en vrai, comment rire sur commande ou articuler pour être compris de tous. Autant de techniques auxquelles s’ajoute « une complicité, une vie naissante au fil des répétitions », notent les enseignants qui les ont encadrés.
Sur scène, l’affrontement était symbolique. Tous, en tout cas jusqu’à la section théâtre du lycée Ronsard qui concluait la soirée, ils ont su sortir de leur « simple » rôle d’ados pour se faire acteurs de leur propre scène.

A. L.B. La Nouvelle République du 13 mai 2016
Au lycée Ampère, en plus de peaufiner leur numéro circassien, les élèves ont réalisé leur décor.
Les lycéens de Montoire ont joué les « Roméo et Juliette » modernes sur le thème de l’immigration.
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