Loin des manuels scolaires, le témoignage d’un résistant tourangeau déporté, incarné sur scène par Hervé Moisan sur un texte de François Lebeau, a captivé et ému une centaine de jeunes, confrontés à la dure réalité des camps.
C’était bien… c’était bien ! L’émotion contenue dans ce simple commentaire d’une adolescente, bravant sa timidité pour s’exprimer depuis les rangs de l’amphithéâtre du lycée Ampère à l’issue du spectacle proposé jeudi 21 mai 2026, en dit long. Choisi par l’équipe pédagogique, en particulier Lucile Chartier, professeure documentaliste, pour donner corps à ce chapitre du programme d’histoire des classes de première bac professionnel, en amont de la Journée nationale de la Résistance célébrée ce 27 mai, Quand reviendras-tu ? témoigne de 476 jours de la vie d’André Goupille, résistant tourangeau, arrêté en février 1944, avec sa femme Jeanne et leurs quatre enfants. Tous seront déportés, tous survivront.
Un seul en scène d'une heure, écrit par François Lebeau et porté, sans aucun artifice, par le talent d'Hervé Moisan, qui a su capter l'attention de cette centaine d'adolescents enthousiastes dans leurs applaudissements. "On a déjà donné ce spectacle une trentaine de fois, témoigne l'acteur, pour moitié en séances publiques et pour moitié dans des établissements scolaires. Jusqu'à présent, les jeunes ont toujours été très réceptifs. Le côté témoignage vivant les interpelle, ils ont presque l'impression que c'est moi qui reviens des camps..."
Continuer à faire parler les témoins.
Ce n'est pas un hasard. "On a voulu conserver cette possibilité d'un spectacle vivant, pour continuer à faire parler les témoins, après la disparition des derniers résistants et déportés", confirme François Lebeau. On doit à cet ancien instituteur à Tours, d'avoir extirpé cette histoire d'une masse de documents - lettres, autobiographie, etc.-, conservés aux Archives départementales d'Indre-et-Loire, et d'en avoir fait le matériau de ce texte : précis dans les faits, sensibles dans l'expression, avec un fil conducteur qui n'est pas sans rapport avec son succès auprès des adolescents, l'amour inconditionnel porté par André Goupille à sa femme Jeanne. "François n'a pas forcé le trait, prévient Hervé Moisan, il était vraiment fou de sa femme qui était le personnage fort du couple, et d'ailleurs résistante avant lui. Au point qu'il évoque à peine ce que sont devenus leurs quatre enfants !"
Les affres de la faim.
Sur scène, le personnage de ce vétérinaire de Descartes, qui faisait passer des familles juives, de courrier de la Résistance, de part et d'autres de la ligne de démarcation, grâce à son ausweiss, son laissez-passer, vient de revenir du camp où il a été déporté en février 1944. Il raconte ce qu'il y a vécu, les affres de la faim, les sévices et la mort au quotidien, la solidarité aussi entre compagnons d'infortune. Entrecoupé de chansons - le poignant Chant des marais écrit par une main anonyme au cœur du camp de Börgermoor, Nuit et brouillard de Jean Ferrat, qui dépeint l'indicible des camps de concentration -, le témoignage d'André Goupille suscitera sans doute des jeunes, plus tard, d'autres questions que celles sur le métier d'acteur, posées à Hervé Moisan à la fin du spectacle. Une mise à distance qui en dit long, elle aussi, de l'impact du contenu de ce seul en scène.
Catherine Simon, journaliste, article paru dans la Nouvelle République, le 27 mai 2026.
En amont du spectacle, pour bien en comprendre le contexte, en plus de leurs cours d'histoire, les élèves de 1ère Bac pro ont travaillé au CDI sur les très riches panneaux de l'exposition "La vie quotidienne en France : 1939-1945", empruntée au Conseil départemental du Loir-et-Cher.